Il est dans l’hiver du Québec. Elle est dans l’été d’une île d’Océanie.
C’est le matin pour lui. C’est la nuit pour elle.
Un tel décalage entre eux quand il l’appelle. Un décalage aussi de toute une vie. Depuis leur jeunesse à Paris où ils se sont aimés en partageant leurs rêves d’artistes : musique pour lui, peinture pour elle.
Ils ont vieilli, chacun dans sa vie. Un lien pourtant les relie.
Ce coup de téléphone en sera une dernière preuve. Une épreuve peut-être. Car il veut lui dire mais il n’y arrive pas. Un dialogue où sous l’insouciance perce l’angoisse. Avec sans cesse le brouillage du temps, mystification des fuseaux horaires, cet espace entre eux qu’ils n’arrivent pas à comprendre.
Est-ce lui qui a de l’avance sur elle, ou l’inverse ?
Lequel des deux est l’avenir de l’autre ?
Lequel des deux est la mémoire de l’autre ?
Et ce lendemain qu’ils quêtent en vain.
Il ne reste parfois qu’une chance à un homme : celle d’une mémoire de femme pour y vieillir.

JC Lattès, 2015